Le paradoxe de la gauche

(English version at the end of the article)

L’objectif de la gauche radicale d’abolir la propriété privée se heurte à des obstacles philosophiques et pratiques majeurs, notamment en ce qui concerne le concept de propriété de soi. Murray Rothbard, figure emblématique du libertarianisme, a développé un argument puissant en faveur de la propriété de soi, qui rend toute abolition de la propriété illusoire. Au Québec, Québec Solidaire (QS) illustre parfaitement cette incapacité à comprendre cette contradiction fondamentale.

L’argument de la propriété de soi selon Rothbard

Dans The Ethics of Liberty, Rothbard présente trois modèles possibles de propriété des individus :

  1. Propriété individuelle de soi : chaque individu est propriétaire de son propre corps et, par extension, des fruits de son travail. La propriété privée est une extension de la propriété de soi via le principe du homesteading, selon lequel une personne acquiert un droit de propriété sur une ressource non possédée en la transformant par son travail.
  2. Propriété collective universelle : chaque individu possède une part égale de tous les autres, ce qui rend toute décision impossible sans l’accord de l’ensemble.
  3. Propriété d’un groupe sur un autre : forme d’esclavage ou de domination injustifiable.

Seule la première option est éthique et cohérente. En nier la validité reviendrait à justifier la confiscation arbitraire des individus par un collectif ou par l’État.

QS, l’incapacité à raisonner dans ce cadre

Québec Solidaire, comme beaucoup de mouvements de gauche contemporaine, cherche à abolir la propriété privée en privilégiant les droits de certaines minorités tout en s’accrochant à des concepts flous comme le genre non-binaire. En refusant d’admettre que les individus sont en action, comme l’explique Ludwig von Mises dans Human Action, QS rate une contradiction essentielle : dès que l’on reconnaît l’autonomie individuelle, la propriété privée réémerge inévitablement.

Mises définit le marché comme l’ensemble des actions humaines impliquant des choix entre diverses options (services, produits, biens) menant à un résultat. Par définition, le socialisme cherche à restreindre ces actions pour atteindre un objectif collectiviste. Or, cette ambition est fondamentalement incompatible avec un cadre social décentralisé et diversifié. Pour que le socialisme fonctionne, il faudrait une homogénéité culturelle et morale stricte, ce qui est une posture conservatrice. En érigeant le progressisme social comme un dogme, QS sabote donc son propre projet économique.

La gauche et la droite, un projet libéral commun

Jean-Claude Michéa, dans L’Empire du moindre mal, démontre que la gauche et la droite modernes défendent en réalité un même projet libéral : la gauche promeut le progrès social (multiculturalisme, identités de genre, droits individuels exacerbés), tandis que la droite défend le progrès économique (déréglementation, libre-marché). Ces deux tendances, loin de s’opposer, se complètent dans un cycle qui renforce l’individualisme et le consumérisme.

QS, en misant sur l’hyper-progressisme social tout en appelant à une restriction des libertés économiques, ne fait qu’alimenter cette dynamique. En encourageant l’indifférenciation des identités, la gauche affaiblit paradoxalement le collectivisme qu’elle prétend promouvoir : des individus affranchis des normes traditionnelles deviennent des agents économiques autonomes, revendiquant naturellement leur propriété privée et leurs choix de consommation.

Conclusion

En voulant détruire la propriété privée tout en élevant l’individualisme à un niveau extrême, la gauche contemporaine se condamne à l’échec. La propriété de soi implique inévitablement la propriété privée, et la restriction des libertés économiques ne peut être réalisée que dans un cadre de conservatisme social strict, ce que QS et ses alliés refusent d’admettre. Le projet socialiste ne peut donc triompher que par la contrainte, une réalité que l’histoire a démontrée à maintes reprises. Ainsi, l’incapacité de QS à articuler une vision cohérente entre ses aspirations économiques et ses engagements sociétaux le condamne à une contradiction insurmontable.


The Left’s Paradox

The radical left’s goal of abolishing private property faces major philosophical and practical obstacles, particularly concerning the concept of self-ownership. Murray Rothbard, a key figure in libertarianism, developed a powerful argument in favor of self-ownership, which makes any abolition of property illusory. In Quebec, Québec Solidaire (QS) perfectly illustrates this inability to understand this fundamental contradiction.

Rothbard’s Argument for Self-Ownership

In The Ethics of Liberty, Rothbard presents three possible models of individual ownership:

  1. Individual self-ownership: Each individual owns their own body and, by extension, the fruits of their labor. Private property is an extension of self-ownership through the principle of homesteading, whereby a person acquires a property right over an unowned resource by transforming it through their labor.
  2. Universal collective ownership: Each individual owns an equal share of everyone else, making any decision impossible without collective agreement.
  3. Group ownership over another group: A form of slavery or unjustifiable domination.

Only the first option is ethical and coherent. Denying its validity would justify the arbitrary confiscation of individuals by a collective or the state.

QS and Its Inability to Reason Within This Framework

Québec Solidaire, like many contemporary leftist movements, seeks to abolish private property by prioritizing the rights of certain minorities while clinging to vague concepts such as non-binary gender. By refusing to acknowledge that individuals are actors, as Ludwig von Mises explains in Human Action, QS misses a crucial contradiction: as soon as individual autonomy is recognized, private property inevitably re-emerges.

Mises defines the market as the sum of human actions involving choices between various options (services, products, goods) leading to a result. By definition, socialism seeks to restrict these actions to achieve a collectivist goal. However, this ambition is fundamentally incompatible with a decentralized and diversified social framework. For socialism to function, strict cultural and moral homogeneity would be required, which is a conservative stance. By elevating social progressivism as a dogma, QS ultimately sabotages its own economic project.

The Left and the Right: A Shared Liberal Project

Jean-Claude Michéa, in The Empire of Lesser Evil, demonstrates that modern left and right politics actually defend the same liberal project: the left promotes social progress (multiculturalism, gender identity, excessive individual rights), while the right defends economic progress (deregulation, free markets). These two tendencies, far from opposing each other, complement each other in a cycle that reinforces individualism and consumerism.

By embracing hyper-social progressivism while calling for restrictions on economic freedoms, QS only fuels this dynamic. By encouraging the erasure of traditional identities, the left paradoxically weakens the collectivism it claims to promote: individuals freed from traditional norms become autonomous economic agents, naturally asserting their private property and consumption choices.

Conclusion

By seeking to destroy private property while elevating individualism to an extreme level, the contemporary left condemns itself to failure. Self-ownership inevitably implies private property, and restricting economic freedoms can only be achieved within a strict framework of social conservatism, which QS and its allies refuse to acknowledge. The socialist project can only triumph through coercion, a reality that history has repeatedly demonstrated. Thus, QS’s inability to articulate a coherent vision between its economic aspirations and its societal commitments condemns it to an insurmountable contradiction.

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