
Un regard libertarien sur l’Institut économique de Montréal (English translation at the end of this article)
L’Institut économique de Montréal (IEDM) est souvent présenté comme un bastion des idées du libre marché au Québec. À première vue, cela pourrait sembler aligné avec les valeurs libertariennes : réduction de l’État, promotion de la liberté économique et opposition aux subventions publiques. Cependant, une analyse plus approfondie révèle que l’IEDM ne défend pas une vision authentique du marché libre. En réalité, il représente une version modérée et corporatiste du libéralisme classique, adaptée à des intérêts oligarchiques et étatiques, tout en évitant le radicalisme nécessaire pour véritablement émanciper les individus des structures coercitives.
De plus, en tant que membre de l’Atlas Network, l’IEDM s’inscrit dans un réseau mondial de think tanks financés par des intérêts corporatistes, notamment les frères Koch, qui diluent les fondements philosophiques du libertarianisme pour les rendre compatibles avec les élites économiques et politiques.
Une occultation délibérée de Murray Rothbard
Murray Rothbard, figure centrale de l’anarcho-capitalisme et de l’école autrichienne d’économie, est largement reconnu pour ses contributions fondamentales au libertarianisme radical. Pourtant, l’IEDM, malgré son positionnement comme think tank libertarien, ne reconnaît presque jamais son travail. Une recherche sur le site web de l’IEDM révèle que le nom de Rothbard n’est mentionné que trois fois dans toute l’histoire de l’organisation.
Cette quasi-absence n’est pas un simple oubli. Il s’inscrit dans une tendance plus large encouragée par l’Atlas Network, également surnommé le Kochtopus, qui impose implicitement (et parfois explicitement) une stratégie visant à marginaliser les figures libertariennes radicales comme Rothbard. En effet, les think tanks affiliés au réseau Koch, dont l’IEDM, évitent souvent de mentionner Rothbard en raison de son opposition frontale aux compromissions avec l’État et aux alliances corporatistes.
Charles Koch lui-même a été accusé de tenter d’effacer l’influence de Rothbard, comme le souligne Lew Rockwell. Citant Radicals for Capitalism de Brian Doherty, Rockwell a dénoncé les efforts des Kochs pour supprimer le nom de Rothbard de la sphère publique, notamment après leur rupture avec lui au début des années 1980. Selon Rockwell, les Kochs ont même tenté de détruire l’Institut Mises en incitant à son boycottage.
Les critiques internes contre les Kochs
Néanmoins, au sein même du mouvement libertarien américain, des voix se sont élevées pour dénoncer l’influence jugée excessive des frères Koch.
- Lew Rockwell, ancien collaborateur de Murray Rothbard, a critiqué les Kochs pour avoir dévié les principes libertariens au profit d’intérêts privés et corporatistes. Il a accusé Charles Koch d’avoir voulu réduire au silence les idées de Rothbard en tentant de l’effacer de la sphère publique.
- Samuel Edward Konkin III, père de l’agorisme, a popularisé le terme Kochtopus pour décrire le réseau tentaculaire d’institutions financées par les Koch. Il les a accusés d’étouffer la pluralité et la radicalité originelles du mouvement libertarien, réduisant le libertarianisme à une version édulcorée compatible avec leurs intérêts économiques.
Au-delà des cercles libertariens, la journaliste Jane Mayer, dans son ouvrage Dark Money, a documenté l’influence politique des Kochs sur plusieurs décennies. Elle a révélé :
- Leur corporatisme et leur rôle dans la capture des politiques publiques au profit de leurs entreprises.
- Leur implication historique dans des régimes autoritaires, notamment à travers des contrats pétroliers en Union soviétique et en Allemagne nazie dans les années 1930 et 1940.
- D’autres exemples où les Kochs ont dénaturé les idéaux de liberté individuelle pour renforcer leur oligarchie économique.
Friedrich Hayek et le libéralisme classique modéré
Pour comprendre les limites de l’approche de l’IEDM, il est essentiel de revenir sur Friedrich Hayek, l’une des figures intellectuelles mises de l’avant par des institutions comme l’Atlas Network et le Cato Institute. Son livre The Constitution of Liberty est souvent présenté comme une pierre angulaire de la pensée libérale, mais il incarne un libéralisme classique extrêmement modéré.
Hayek y défend notamment :
- Une économie de marché avec un rôle limité pour l’État.
- La nécessité d’un filet de sécurité sociale minimal pour éviter les pires effets de la pauvreté.
- Un respect des institutions démocratiques et des lois établies, même si elles limitent la liberté individuelle à court terme.
Ces propositions, bien que favorisant un marché partiellement libéralisé, pourraient être acceptées par un social-démocrate modéré. Hayek cherche davantage à rendre l’État “plus efficace” qu’à remettre en question sa légitimité.
Cette modération, bien que perçue comme stratégique par certains, affaiblit la portée des idées libertariennes. Rothbard voyait dans cette approche une compromission inacceptable, incompatible avec une véritable émancipation individuelle.
La création du Mises Institute : Une alternative radicale
Suite à sa rupture avec le Cato Institute, Rothbard et d’autres intellectuels libertariens ont fondé le Mises Institute en 1982, avec le soutien de Llewellyn H. Rockwell Jr. et de figures comme Ron Paul. Cette institution visait à préserver et promouvoir l’héritage de Ludwig von Mises et de l’école autrichienne d’économie, tout en rejetant explicitement les compromis faits par le Cato Institute et les autres institutions influencées par les Kochs.
Les principes du Mises Institute :
- Rejet total de l’État : Le Mises Institute défend une vision radicale où le marché libre remplace toutes les fonctions étatiques, y compris la justice et la sécurité.
- Critique du corporatisme : Contrairement aux think tanks financés par les Kochs, le Mises Institute s’oppose aux monopoles et aux privilèges accordés aux grandes entreprises par l’État.
- Promotion des idées radicales : En mettant l’accent sur l’œuvre de Mises et de Rothbard, l’institut s’est affirmé comme un bastion de la pensée libertarienne non compromise.
La fondation du Mises Institute représente une alternative intellectuelle importante pour les libertariens désillusionnés par le virage modéré et corporatiste du Cato Institute.
Michel Kelly-Gagnon : Le Darth Vader québécois de l’empire Koch
Au Québec, Michel Kelly-Gagnon, à la tête de l’IEDM, joue un rôle similaire à celui des dirigeants du Cato Institute dans le réseau Koch. Je considère Kelly-Gagnon comme le Darth Vader québécois de l’empire Koch. Charismatique et stratégique, il a réussi à populariser certaines idées du libre marché dans les débats publics québécois.
Cependant, son approche repose sur les mêmes travers que ceux de l’Atlas Network :
- Privatisation au service des élites : L’IEDM milite pour privatiser des services publics, mais sans garantir une véritable concurrence, ouvrant ainsi la porte à des oligopoles corporatifs.
- Alignement sur les grandes entreprises : L’IEDM critique rarement les subventions ou avantages fiscaux dont bénéficient les grandes entreprises.
- Un discours aseptisé et uniformisé : Les idées véhiculées par l’IEDM sont systématiquement reprises par des figures de la droite québécoise, comme Ian Sénéchal, Jeff Fillion et Éric Duhaime, qui se contentent de les simplifier en slogans.
Une vision radicale pour le Québec
Le Québec mérite mieux qu’un discours modéré qui recycle les idées du libéralisme classique et du corporatisme. Les solutions réellement libertariennes reposent sur des principes clairs et radicaux :
- Rejet total de l’État et des monopoles corporatifs.
- Promotion de marchés véritablement libres, où les individus échangent volontairement sans coercition.
- Création de réseaux décentralisés et locaux, qui permettent aux individus de s’émanciper des structures de pouvoir centralisées.
En conclusion, l’IEDM et son alignement avec l’Atlas Network ne servent qu’à perpétuer un corporatisme compatible avec les élites économiques et politiques. Une véritable vision libertarienne exige de rejeter ces institutions et de bâtir des solutions réellement libres et décentralisées, en redonnant toute leur place aux penseurs radicaux comme Murray Rothbard.
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Why I Am Not a Supporter of the MEI
A Libertarian Perspective on the Montreal Economic Institute
The Montreal Economic Institute (MEI) is often portrayed as a bastion of free-market ideas in Quebec. At first glance, this might seem aligned with libertarian values: reducing the role of the state, promoting economic freedom, and opposing public subsidies. However, a closer analysis reveals that the MEI does not advocate a genuinely free-market vision. In reality, it represents a moderate, corporatist version of classical liberalism, tailored to oligarchic and state interests while avoiding the radicalism necessary to truly liberate individuals from coercive structures.
Moreover, as a member of the Atlas Network, the MEI is part of a global network of think tanks funded by corporatist interests, including the Koch brothers. These organizations dilute the philosophical foundations of libertarianism to make them compatible with economic and political elites.
The Deliberate Overshadowing of Murray Rothbard
Murray Rothbard, a central figure in anarcho-capitalism and the Austrian School of Economics, is widely recognized for his foundational contributions to radical libertarianism. Yet, despite its positioning as a libertarian think tank, the MEI barely acknowledges Rothbard’s work. A search on the MEI website shows that Rothbard’s name appears only three times in the organization’s history.
This near absence is no coincidence. It reflects a broader trend encouraged by the Atlas Network—often referred to as the Kochtopus—which implicitly (and sometimes explicitly) marginalizes radical libertarian figures like Rothbard. Think tanks affiliated with the Koch network, including the MEI, frequently avoid mentioning Rothbard due to his staunch opposition to state compromises and corporatist alliances.
Charles Koch himself has been accused of trying to erase Rothbard’s influence, as highlighted by Lew Rockwell. Citing Radicals for Capitalism by Brian Doherty, Rockwell denounced the Kochs’ efforts to suppress Rothbard’s ideas, particularly after their fallout in the early 1980s. According to Rockwell, the Kochs even attempted to dismantle the Mises Institute by encouraging a boycott.
Internal Criticism of the Kochs
Within the American libertarian movement, several voices have criticized the disproportionate influence of the Koch brothers:
- Lew Rockwell, a former collaborator of Murray Rothbard, accused the Kochs of diverting libertarian principles to serve private and corporatist interests. He alleged that Charles Koch sought to silence Rothbard’s ideas by erasing him from public discourse.
- Samuel Edward Konkin III, the father of agorism, popularized the term Kochtopus to describe the sprawling network of Koch-funded institutions. He criticized the Kochs for stifling the diversity and radicalism of the libertarian movement, reducing it to a diluted version compatible with their economic interests.
Beyond libertarian circles, journalist Jane Mayer, in her book Dark Money, documented the Kochs’ decades-long political influence. She highlighted:
- Their corporatism and role in capturing public policy for their business interests.
- Their historical involvement in authoritarian regimes, including oil deals in the Soviet Union and Nazi Germany in the 1930s and 1940s.
- Other examples where the Kochs distorted the ideals of individual liberty to reinforce their economic oligarchy.
Friedrich Hayek and Moderated Classical Liberalism
To understand the limitations of the MEI’s approach, it is essential to revisit Friedrich Hayek, an intellectual figurehead promoted by institutions like the Atlas Network and the Cato Institute. His book The Constitution of Liberty is often hailed as a cornerstone of liberal thought, but it represents a highly moderated version of classical liberalism.
In the book, Hayek advocates:
- A market economy with a limited role for the state.
- The necessity of a minimal social safety net to mitigate the worst effects of poverty.
- Respect for democratic institutions and established laws, even if they temporarily restrict individual freedom.
These proposals, though supporting a partially liberalized market, could easily be endorsed by a moderate social democrat. Hayek’s approach seeks to make the state “more efficient” rather than challenge its legitimacy.
For Rothbard, this moderation was an unacceptable compromise, incompatible with true individual emancipation.
The Creation of the Mises Institute: A Radical Alternative
After his split with the Cato Institute, Rothbard and other libertarian intellectuals founded the Mises Institute in 1982, with support from Llewellyn H. Rockwell Jr. and figures like Ron Paul. This institution aimed to preserve and promote the legacy of Ludwig von Mises and the Austrian School of Economics while explicitly rejecting the compromises made by the Cato Institute and other Koch-influenced organizations.
Principles of the Mises Institute:
- Total Rejection of the State: The Mises Institute advocates a radical vision where the free market replaces all state functions, including justice and security.
- Critique of Corporatism: Unlike Koch-funded think tanks, the Mises Institute opposes monopolies and privileges granted to large corporations by the state.
- Promotion of Radical Ideas: By emphasizing the works of Mises and Rothbard, the institute has become a bastion of uncompromised libertarian thought.
The foundation of the Mises Institute offers a crucial intellectual alternative for libertarians disillusioned by the moderate and corporatist turn of the Cato Institute.
Michel Kelly-Gagnon: Quebec’s Darth Vader of the Koch Empire
In Quebec, Michel Kelly-Gagnon, head of the MEI, plays a role similar to the leaders of the Cato Institute within the Koch network. I consider Kelly-Gagnon to be the Quebec Darth Vader of the Koch Empire. Charismatic and strategic, he has successfully popularized some free-market ideas in Quebec’s public debates.
However, his approach mirrors the same flaws seen in the Atlas Network:
- Privatization Serving Elites: The MEI advocates privatizing public services without ensuring genuine competition, paving the way for corporate oligopolies.
- Alignment with Big Business: The MEI rarely criticizes subsidies or tax advantages granted to large corporations.
- Sanitized and Uniform Discourse: The ideas promoted by the MEI are often echoed by Quebec’s right-wing figures, such as Ian Sénéchal, Jeff Fillion, and Éric Duhaime, who reduce them to simplified slogans.
A Radical Vision for Quebec
Quebec deserves better than a moderate discourse recycling classical liberal and corporatist ideas. Truly libertarian solutions are grounded in clear and radical principles:
- Total rejection of the state and corporate monopolies.
- Promotion of genuinely free markets, where individuals engage in voluntary exchanges free from coercion.
- Creation of decentralized and local networks that empower individuals to break free from centralized power structures.
In conclusion, the MEI’s alignment with the Atlas Network only perpetuates a corporatism compatible with economic and political elites. A true libertarian vision demands rejecting these institutions and building genuinely free and decentralized solutions, while reinstating the prominence of radical thinkers like Murray Rothbard.
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